Nouvel article de Thibaut Giraud

Lorsqu’un confrère atmocien publie un article, nous ne manquons pas de le signaler ; et lorsque par surcroît l’article en question paraît dans une revue aussi prestigieuse que Synthese, nous sommes d’autant plus heureux d’en publier une version sur le site de l’ATMOC. Son auteur est Thibaut Giraud, qui a présenté les premiers linéaments de ce travail lors d’une séance de l’atelier l’an dernier. Vous pourrez donc retrouver « Constructing Formal Semantics from an Ontological Perspective. The Case of Second-Order Logics. » dans la rubrique Publications.

En voici le résumé :
« In a first part, I defend that formal semantics can be used as a guide to ontological commitment. Thus, if one endorses an ontological view O and wants to interpret a formal language L, a thorough understanding of the relation between semantics and ontology will help us to construct a semantics for L in such a way that its ontological commitment will be in perfect accordance with O. Basically, that is what I call constructing formal semantics from an ontological perspective. In the rest of the paper, I develop rigorously and put into practice such a method, especially concerning the interpretation of second-order quantification.
I will define the notion of ontological framework: it is a set-theoretical structure from which one can construct semantics whose ontological commitments correspond exactly to a given ontological view. I will define five ontological frameworks corresponding respectively to: (i) predicate nominalism, (ii) resemblance nominalism, (iii) armstrongian realism, (iv) platonic realism, and (v) tropism.
In those different frameworks, I will construct different semantics for first-order and second-order languages. Notably I will present different kinds of nominalist semantics for second-order languages, thus showing how we can quantify over properties and relations while being ontologically committed only to individuals. More generally I will show in what extent those semantics differ from each other; it will make clear how the disagreements between the ontological views extend from ontology to logic, and how metaphysical questions can be correctly treated, in those semantics, as simple questions of logic. »

L’article a été publié dans
Synthese, volume 190, n°18 (déc. 2013), pp. 1-31 (DOI : 10.1007/s11229-013-0387-9) :
http://link.springer.com/article/10.1007/s11229-013-0387-9

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Fin du séminaire

Après six mois d’activité intense, l’atelier entame une pause annuelle pour 2013-2014. Le site continuera de fonctionner et d’héberger tous les documents du séminaires, grâce au soutien généreux du département de philosophie de l’École Normale Supérieure qui a accepté d’en prendre en charge les frais d’hébergement afin d’en préserver le contenu. Je remercie une fois de plus Francis Wolff pour son soutien indéfectible à l’ATMOC.

Je réfléchis dès à présent à la relance de l’atelier à l’automne 2014. Celui-ci pourrait à cette occasion prendre la forme d’un séminaire doctoral plus structuré et doté d’un financement officiel permettant d’inviter des intervenants étrangers. Il est également envisageable de lui associer alors la publication de contenus sur un support papier, tel qu’un volume collectif ou les actes d’un colloque organisé sous ses auspices. Si vous souhaitez me contacter à propos de l’avenir du séminaire, n’hésitez pas à le faire par mail sur le lien suivant.

Les activités des séances « Cinéma et métaphysique » prennent également fin pour une période indéterminée. Je m’excuse auprès des participants pour l’annulation impromptue de la séance de Yann Schmitt sur
Andreï Roublev de Tarkovski, qui n’a pas pu avoir lieu faute de temps (tout comme l’intervention annoncée de Dimitri El Murr sur le Socrate de Rossellini). J’espère pouvoir également relancer le « Petit séminaire » à l’avenir.

Je remercie tous les participants de l’ATMOC, et notamment les fidèles n’hésitant pas à venir par tous les temps débattre et argumenter dans notre salle en sous-sol quel que soit le sujet, pour leur présence et leur enthousiasme. Rendez-vous en 2014 !

— Raphaël Millière

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Enregistrement de la dernière séance

L’enregistrement de la dernière séance de l’année est (enfin) disponible en téléchargement dans la section Séances, et en streaming ci-dessous.

Martin Fortier, « Vérifaction et perception »

Enregistrement de l’exposé
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Vérifaction et perception

Le mardi 4 juin à 17h30 en salle U/V, nous retrouverons Martin Fortier qui nous présentera les fruits de son travail sur les hallucinations perceptives. Voici le résumé de son intervention :

Martin Fortier
« Vérifaction et perception »
Rendre compte des ‘visions surnaturelles’ à l’aide d’une
théorie quadripolaire de l’expérience visuelle


« En nous fondant ici et là sur des cas concrets empruntés à l’anthropologie de la religion, nous essaierons de remplir les quatre objectifs théoriques suivants :

Objectif n°1
Nous voudrions construire une théorie de l’expérience visuelle qui permette d’exprimer beaucoup plus de nuances que ne le peut la théorie dominante de l’expérience visuelle qu’est la théorie bipolaire. Selon la théorie bipolaire, l’expérience visuelle peut être soit vraie (= perception) soit fausse (= hallucination) ; en outre, selon cette théorie, l’axe de la vérité et de la fausseté est bivalent : 0 (= la fausseté) et 1 (= la vérité).
Nous voudrions proposer une théorie quadripolaire selon laquelle l’expérience visuelle peut être soit hyper-épistémique (= intersubjective, lucide, écologiquement valide) soit oligo-épistémique (= subjective, trompeuse, écologiquement invalide), et, soit hallucinatoire (= impossible établissement d’un vérifacteur du contenu visuel) soit perceptive (= établissement avéré d’un vérifacteur du contenu visuel). Dans cette théorie quadripolaire, l’axe horizontal (hallucination/perception) est bivalent : 0 (= hallucination) et 1 (= perception) ; en revanche, l’axe vertical (oligo-épistémie/hyper-épistémie) est multivalent : 0 (= l’oligo-épistémie) < … < 1 (= l’hyper-épistémie).

Objectif n°2
Les théories de la perception habituellement discutées semblent tout à fait incapables de rendre compte du contenu des expériences visuelles surnaturelles. Dire cela ne nous engage nullement quant à l’existence ou pas d’entités surnaturelles : nous parlons ici seulement du contenu de ce type d’expérience. Notre ambition est d’élaborer une théorie de l’expérience visuelle qui fasse justice au fait que les sujets qui ont des expériences visuelles surnaturelles disent voir des entités surnaturelles appartenant non pas au monde ordinaire mais à un monde-autre. C’est ce que manquent les théories classiques de la perception : elles font comme si le contenu consistant dans la vision d’un dragon situé dans un monde-autre avait les mêmes conditions de vérité qu’un contenu consistant dans la vision d’un dragon situé au coin de la rue ; elles font comme si la première expérience visuelle était réductible à la dernière. Si un sujet a l’expérience visuelle d’un dragon situé dans un monde-autre, ce n’est pas en constatant qu’il n’y a pas de dragon au coin de la rue (dans notre monde ordinaire) que l’on aura établi que cette expérience visuelle est une hallucination ; faire la preuve d’une telle chose exigerait de prouver qu’il n’y a pas de dragon dans ce putatif monde-autre. Les théories classiques n’ont jamais vraiment affronté – et encore moins résolu – ce problème. En plus de proposer une théorie quadripolaire de l’expérience visuelle, nous voudrions donc proposer une théorie qui fasse justice au contenu intentionnel des expériences visuelles surnaturelles et qui établisse de façon systématique et minutieuse les conditions de vérité et de fausseté de tels contenus – cela exigera de prendre en compte la diversité mondaine du contenu des expériences visuelles.

Objectif n°3
Beaucoup de philosophes ont réfléchi aux liens entre l’image du monde naturel (ou surnaturel) et celle du monde quotidien. C’est ainsi que Wittgenstein peut par exemple opposer l’ordinaire et le métaphysique ou que Sellars peut par exemple opposer l’image manifeste et l’image scientifique. De façon générale, on admet le plus souvent les égalités et l’inégalité qui suivent : « (visible = ordinaire = naïf = présentation = monde quotidien) ≠ (invisible = extraordinaire = non-naïf = représentation = monde scientifique ou monde surnaturel) ». L’un des enjeux de notre propos est d’abord de montrer que toutes ces équivalences ne tiennent guère tant elles rendent confuses des notions pourtant distinctes, et ensuite de soutenir qu’une classification satisfaisante des choses requiert de recourir non pas à deux classes, mais bien à une multitude de classes qui permette ainsi de rompre avec les bipartitions dont nous sommes malheureusement trop coutumiers.

Objectif n°4
Nous voudrions enfin construire une théorie de l’expérience visuelle qui offre une épistémologie de la vérifaction. On parle d’ordinaire de la vérifaction en adoptant le point de vue de Dieu : « le chat est sur le paillasson » est une proposition qui est rendue vraie par le fait que le chat est sur le paillasson. Une épistémologie de la vérifaction se posera la question des mécanismes concrets qui permettent d’établir que le chat est sur le paillasson et subséquemment que la proposition « le chat est sur le paillasson » est vraie.
Habituellement, la philosophie de la perception s’intéresse surtout à ce que c’est que de percevoir ou que d’halluciner une pomme posée sur une table. Une théorie de l’expérience visuelle digne de ce nom doit à notre sens livrer en sus des indications quant au processus qui permet d’établir qu’il y a bien une pomme sur la table et que donc le contenu visuel représentant la pomme est rendu vrai par la présence de cette pomme. »

Les enregistrements de la dernière séance sont disponibles en téléchargement dans la section Séances, et en streaming ci-dessous.

Alexandre Couture, « Le monisme neutre »

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Le monisme neutre

Aujourdhui (mardi 28 mai) à 17h30 en salle U/V, nous aurons le plaisir de recevoir Alexandre Couture qui défendra les mérites du monisme neutre. Voici le résumé de son intervention :

Alexandre Couture
« Le monisme neutre : la perception peut-elle se passer de l’être ? »


« Le monisme neutre, dont la paternité fut attribuée à Ernst Mach et William James par Bertrand Russell en 1913, avait tenté de déconstruire le mind-body problem en le traitant à la racine : il renvoyait dos à dos matérialistes et idéalistes, au nom d’une réalité plus fondamentale, ni physique ni psychique, dont les divers dualismes n’étaient que des dérivations, et postulait que la matière est moins matérielle que ne le défendent les premiers et l’esprit moins spirituel que ne l’affirment les seconds. Sa mise au ban de la recherche découle de la réputation dont on l’a affublée, celle de curiosité appartenant à une époque révolue et du fait que son histoire a été écrite du point de vue de ses détracteurs.
Depuis une vingtaine d’années cette doctrine trouve un nouveau souffle, notamment grâce à l’idée de neutralité de la sensation. Elle prend effectivement à contre-pied le concept brentanien d’intentionnalité, transmis tant par la phénoménologie que par une partie de la dite philosophe analytique, spécifiquement d’obédience austinienne : la perception reste indéterminée au regard de la distinction entre un acte du sujet et un objet. Or il semble difficile de conserver sa thèse anti-intentionnaliste en faisant table rase de ce qui en constitue le cœur, l’être lui-même, autrement dit de découpler sa théorie de la perception de son ontologie : une définition positive et maximale du monisme neutre implique que l’on réévalue le statut du percept ainsi que la pluralité des formats de neutralité ontologique. »

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Pas de séance mardi prochain

Je vous informe qu’il n’y aura exceptionnellement pas de séance mardi 21 mai. Le Petit séminaire n’aura pas non plus lieu vendredi 17 mai, la dernière séance de l’année était reportée à une date ultérieure qui sera bientôt communiquée. La prochaine séance de l’ATMOC, dont le contenu sera prochainement annoncé, aura donc lieu le mardi 28 mai.

Les enregistrements de la dernière séance sont disponibles en téléchargement dans la section Séances, et en streaming ci-dessous.

Alexandre Monnin, « La philosophie et l’ontologie du web »

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Philosophie et ontologie du web

Mardi 14 mai à 15h30 en salle U/V, nous aurons le plaisir de recevoir Alexandre Monnin, spécialiste de la philosophie et l’ontologie du web, dont il nous parlera. Voici le résumé de son intervention [attention, la séance est bien à 15h30 exceptionnellement !] :

Alexandre Monnin
« La philosophie et l’ontologie du web »

internet

« C’est en prenant conscience de la richesse des débats autour de l’architecture du Web, notamment au sein du W3C, que l’idée d’une philosophie du Web a vu le jour. A première vue, le Web y figure d’abord en tant qu'objet traditionnel de recherche, qui, dans le sillage du Web Sémantique et de l’architecture du Web, entre en résonance évidente avec les problématiques classiques de la métaphysique et de la philosophie du langage. Dans cette perspective, nous étudions quelques-uns de ses composants principaux (URI, ressources).

En parallèle, nous soulignons également son importance au regard de la question du devenir de la philosophie elle-même. En effet, le travail ici entrepris ne s’est nullement contenté de projeter les concepts
a priori d’une philosophia perennis. Il a consisté, au contraire, à interroger les architectes du Web eux-mêmes pour faire émerger leur métaphysique empirique, en observant les controverses qu’elle a suscitées. Quitte, parfois, à prendre davantage au sérieux leurs propres réponses qu’ils ne le firent eux-mêmes. En outre, il s'agit rien de moins que de repenser la pratique de la philosophie en miroir de « l’ingénierie philosophique », selon l’expression de Tim-Berners-Lee, pensée ici comme la production de distinctions nouvelles (P. Livet) dans un monde en train de se faire (une activité en définitive, ontogonique).

In fine, le concept de « ressource », au coeur de l’architecture du Web, fournit une redéfinition de l’objet très riche, proche de la conception développée dans On the Origin of Objects par Brian Cantwell Smith. Nous sommes ainsi conduits, au titre d’une philosophie de l'ingénierie philosophique à mener une réflexion plus vaste sur la nature de l’objectivation et des objets (de nature "ontologique", donc, au sens de « théorie de l’objet », que revêt ce mot depuis son apparition dans le lexique philosophique au XVIIe siècle). Celle-ci rejoint des préoccupations politiques, dans la perspective de l’établissement d’un monde commun, auquel le Web participe activement. »

Les enregistrements de la dernière séance sont disponibles en téléchargement dans la section Séances, et en streaming ci-dessous.

Sandra Lehmann, « The metaphysics of existence »

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The metaphysics of existence

Mardi 7 mai à 16h30 en salle U/V, nous aurons le plaisir de recevoir Sandra Lehmann, venue spécialement de l’université de Vienne où elle enseigne pour nous parler, en anglais, de sa métaphysique de l’existence. Voici le résumé de son intervention [attention, la séance est bien à 16h30 exceptionnellement !] :

Sandra Lehmann
« The metaphysics of existence »

« In classical philosophy of existence, there are two ways to elaborate the problem of existence. First, existence refers to the finitude and contingency of human life that, accordingly, escapes the account of supratemporal or metaphysical reason.

Second, existence escapes the rational account but this is so because existence forms an absolute aspect of being which remains unassailable by reason. The finite character of being is a result of the mediation of reason and the absolute. However, finite temporality is not being’s definite form.

In my lecture, I will develop further the second line of existential philosophy whose starting point is the later philosophy of Schelling. The basic question is the following: What is the ontological status of the statement that there is something? In fact, the questioning has to describe an arc here between the apparently simple meaning of that-it-is and the complex problem of what that-it-is does imply for an understanding of the being of beings as such.

I will approach this question by addressing two other questions that lead right into its heart.

First, if we take the insight of classical philosophy of existence serious that existence or that-it-is escapes the rational account how can there be an access to it? In order to answer this question, I will draw on the concept of reality belief that was first highlighted by David Hume in his “Enquiry Concerning Human Understanding” and again emphasized by Friedrich Heinrich Jacobi in his discussion of Kant’s critical philosophy.

Secondly, we have to ask for the content of being qua existence. If reality belief has a direction that towards which it is directed cannot be empty. Rather, there has to be content, yet, it escapes the rational form. I will propose to understand this content as absolute, but non-phenomenal. Obviously, this is a strong metaphysical statement and I will have to show what, in my view, justifies the aggregation of existence and metaphysics that I propose. »

Les enregistrements de la dernière séance sont disponibles en téléchargement dans la section Séances, et en streaming ci-dessous.

Asya Passinsky, « The ontology of social objects »

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The ontology of social objects

Voici le résumé de la prochaine séance, une réflexion (en anglais) sur l’ontologie des objets sociaux, par Asya Passinsky (NYU), qui aura lieu mardi 30 avril à 17h30 en salle U/V :

Asya Passinsky
« The ontology of social objets »

social object


« Ordinary experience suggests that under certain circumstances, we can create things like money, boundaries, stocks, governments, nation-states and corporations by mere declaration. But we cannot likewise create other kinds of objects in this way. For example, we can cannot create H2O molecules, trees, tables or numbers by mere declaration. So how is it that we can create social objects in this way? I will argue against a reductivist answer to this creation-by-declaration puzzle which identifes every token social object with a token physical object, and against an eliminativist answer which maintains that social objects do not exist. I will conclude with some speculative remarks about a response-dependent answer to the puzzle, which I think is more promising.  »

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Projection : La vie est belle

Vendredi 26 mars à 20h dans l’amphithéâtre Rataud, nous poursuivons le Petit séminaire en projetant La vie est belle de Frank Capra (USA, 1946), qui sera ensuite commenté par Thibaut Giraud. Voici le résumé de son commentaire :

« Dans la dernière partie de
La vie est belle, alors que le personnage de Georges Bayley est convaincu que sa vie est un échec et qu’il aurait mieux valu qu'il ne vienne jamais au monde, un ange lui montrera de quoi le monde aurait eu l’air si en effet il n’avait pas existé. Georges Bayley constatera finalement qu’il avait tort : le meilleur monde est bien celui auquel il appartient.
Par certains aspects, cet épisode fait écho à la pensée de Leibniz, et plus particulièrement telle qu’elle est exposée dans les dernières pages des Essais de Théodicée. Leibniz y raconte comment un prêtre de Zeus, s'interrogeant sur la raison pour laquelle un mal particulier devait être commis, est invité à visiter la ‘pyramide’ des mondes possibles, pour finalement constater que le meilleur des mondes est bien le monde actuel qui contient ce mal particulier.
On retrouve ainsi dans le film d’une part l’idée que l'importance d'un mal doit être relativisé au monde entier auquel il appartient (et peut éventuellement se révéler avoir de bons effets), et d’autre part l'idée que l’existence de notre monde doit être justifiée par comparaison avec ses autres versions possibles. Malgré ces convergences intéressantes, nous verrons cependant qu’il est difficile de comprendre le film de Capra dans une perspective leibnizienne. »

Wonderful_Life

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